Le professeur Joëlle Kefer
Cardiologue responsable de l’unité de cathétérisme cardiaque aux Cliniques universitaires Saint-Luc

« Une artère coronaire qui se bouche peut donner lieu à des problèmes graves (angine de poitrine, infarctus, mort subite...). En 1977, les cardiologues ont développé un traitement endovasculaire, appelé angioplastie coronaire. À l’époque, les artères coronaires étaient encore dilatées à l’aide d’un ballonnet. L’invention du stent, vers le milieu des années 80, a été considérée comme un progrès majeur. Le stent est une sorte de tuteur métallique obligeant l’artère à rester large, et ainsi à garder un calibre suffisant pour permettre une bonne circulation, et donc, un apport de sang suffisant dans toutes les zones stratégiques du cœur. Fin des années 90, les stents enrobés de médicaments ont permis d’empêcher que les artères se rebouchent après la pose de stent. »

 

En quoi le stent résorbable, apparu ensuite, a-t-il constitué une évolution supplémentaire ?

« Une artère coronaire a une paroi élastique : elle bouge avec les mouvements du cœur et elle a un trajet naturellement tortueux. Le fait d’y implanter un stent métallique la rend rigide, et cela d’autant plus que le stent est long. L’apport du stent résorbable est considérable. Il effectue, dans un premier temps, le travail mécanique d’élargissement de l’artère. Puis, une fois cette étape terminée, il disparaît naturellement par résorption. Ainsi, il permet à l’artère de ne pas rester encagée définitivement, de restaurer son élasticité, sa souplesse et également de préserver son trajet naturellement tortueux. »

 

Avec d’autres perspectives pour l’avenir ?

« L’espoir est que l’implantation d’une prothèse résorbable dans la circulation coronaire puisse faciliter la stabilisation des dépôts friables (plaques vulnérables) présents dans la paroi. Le stent résorbable pourrait agir, alors, comme vecteur d’un agent « stabilisateur » pour cicatriser les zones dangereuses, puis disparaître après avoir soigné l’artère coronaire malade. L’innovation cardiovasculaire est un des pôles d’intérêt principaux aux Cliniques universitaires Saint-Luc, et le stent résorbable fait l’objet de recherches spécifiques au sein de l’unité de cathétérisme cardiaque. »

 

L’Absorb fait donc partie d’un arsenal clinique permettant de soigner efficacement des patients partout dans le monde ?

« En effet : un patient jeune, avec une très longue lésion, pourra bénéficier d’un stent résorbable pour soigner son problème actuel, et ainsi voir, dans les deux ans, son artère restaurée. Alors qu’un patient avec une atteinte extrêmement diffuse, qui aurait été implanté avec une longue plateforme métallique, resterait toute sa vie avec une artère encagée de métal, qui empêcherait peut-être un jour un pontage coronaire. Par contre, la technique de pose du stent Absorb diffère de celle du stent standard. Il est donc primordial que le cardiologue qui l’utilise y soit attentif. »

 

De nombreux patients sont-ils déjà traités avec le stent Absorb ?

« Plus de 100 000 patients ont été implantés dans le monde. Chose remarquable, plus de 10 000 d’entre eux font partie d’études avec suivi systématique, ce qui garantit le fait de pouvoir répondre aux questions quant à l’efficacité et la sécurité de son utilisation. Un programme clinique extrêmement important a été mis sur pied de manière progressive : l’utilisation du stent Absorb a débuté sur des lésions relativement simples, avant d’être étendue à des situations nettement plus complexes.

Par ailleurs, le registre international Absorb First, auquel participe Saint-Luc, inclut des patients traités au quotidien en salle de coronarographie. Les résultats préliminaires sont très prometteurs, avec un très haut succès d’implantation et, surtout, très peu de thromboses de stents à un an. Cela ne signifie pas que tous les patients peuvent être traités par le stent Absorb, mais le registre démontre que, lorsque les règles d’implantation sont respectées, les résultats sont très positifs. »