PATITE C: UNE GRANDE AVANCÉE

Muriek Colinet
Présidente de CHAC

Muriel Colinet, Présidente du CHAC (Carrefour Hépatites – Aide et Contact) nous donne sa vision quant à l'évolution du traitement de l'hépatite C.

Comme elle l'explique, «ce virus constitue un organisme vivant minuscule d’apparence très rudimentaire, mais très bien adapté à la survie dans un milieu hostile. Il pénètre dans l’organisme d’un individu lorsque le sang de ce dernier entre en contact avec celui d’un porteur du virus, par exemple, à la suite d’un échange de seringues entre toxicomanes ou, de façon accidentelle, lors d’une intervention chirurgicale avec du matériel mal stérilisé. La circulation sanguine transporte le virus jusqu’au foie.

Contrairement à de nombreux virus, celui de l’hépatite C est rarement éliminé au cours de la phase aiguë de l’infection (hépatite aiguë). Celle-ci aboutit en effet, dans plus de 80% des cas, à une infection persistante qui ne guérit jamais sans traitement.»

Heureusement, de profonds changements sont sur le point de voir le jour: «Avec les nouvelles molécules qui arrivent sur le marché, le taux de guérison approchera les 100%. Grâce à ces nouveaux traitements, d'importantes économies sont réalisées. La durée des traitements sera fortement réduite -2 à 3 mois maximum contre un an actuellement- et ceux-ci seront moins contraignants. De plus, des patients qui guérissent plus vite peuvent aussi réintégrer le marché du travail plus rapidement.»

Mais les changements à venir ne s'arrêtent pas là: «Le plan hépatite C permettra également de mettre sur pied des campagnes de prévention et d'organiser des dépistages ciblés. Compte tenu du fait que 50% des gens touchés ne savent pas qu'ils le sont, ces derniers peuvent contaminer les autres. Le volet prévention est donc fondamental. L'accès aux nouvelles molécules dépend donc aussi de ces campagnes de dépistage.»

Pour autant, pourra-t-on déterminer quels sont les patients qui ont le plus de bénéfice à être traités le plus tôt possible par les nouveaux traitements?

«S'il est vraiment nécessaire de mettre des priorités, il conviendra alors de s'occuper des personnes dont la maladie est déjà à un stade bien avancé et dont le foie est abimé: les gens qui ont une cirrhose, par exemple, qu'il est possible de traiter tant qu'ils n'ont pas besoin d'une greffe d'une foie. Néanmoins, le principe même de ces priorités peut paraître des plus délicats: même à un stade précoce, le patient doit pouvoir avoir accès aux soins. En effet, on n'imaginerait pas qu'un médecin dise à un patient qui souffre d'un rhume qu'il ne va pas le soigner tant qu'il n'a pas la grippe!»

Prof. Stärkel
Hépatologue UCL

Le Professeur Stärkel, hépatologue à l'UCL, évoque les changements à venir dans le traitement de l'hépatite C.

Quel est l'état des lieux en matière de traitement de l'hépatite C en Belgique? Pour le Professeur Stärkel, «c'est une vraie révolution qu'on est en train de vivre dans ce domaine. C'est une maladie qui est devenue parfaitement guérissable et qui n'est plus à considérer comme une affection chronique».

Le fait que le plan Hépatite C soit voté en Belgique prend dès lors toute son importance: «Avec les nouveaux traitements qui ont été testés et qui vont bientôt apparaître sur le marché, on a pu constater un taux de guérison de 95%. De plus, les traitements ont l'avantage d'être  de courte durée et  de ne présenter quasi aucun effet secondaire. La Belgique devrait donc à priori pouvoir profiter de cette révolution dans un avenir proche.»

Mais le plan Hépatite C est important également pour d'autres aspects: «Il a le potentiel d'assurer une prise en charge coordonnée de l'Hépatite C en Belgique, qui comprend en même temps le screening, l'accès aux traitements et précise qui doit délivrer ce traitement. Tous ces aspects sont   déterminants pour avoir la meilleure coordination possible.»

Ce détail est d'autant plus pertinent qu'il renvoie vers une réalité inquiétante: «Environ la moitié des personnes atteintes dans notre pays ignorent qu'elles le sont. Dans un premier temps, l'importance est donc d'implémenter une stratégie de dépistage coordonnée en Belgique. C'est d'autant plus fondamental que notre pays connaît différents niveaux de pouvoir avec des compétences parfois dispersées. La coordination constitue donc un principe à encourager au maximum. Elle ne s'arrête d'ailleurs pas là: la collaboration entre différentes spécialités du milieu universitaire et hospitalier est indispensable, et les recherches s'effectuent dans le cadre d'une collaboration nationale et internationale. Les laboratoires s'investissent dans plusieurs projets de recherche fondamentale.»

Dans cette perspective, est-il possible de déterminer quels sont les patients qui ont le plus de bénéfice à être soigné le plus tôt possible par les nouveaux traitements?

«S'il faut poser des priorités, ce qui est toujours une démarche à entreprendre en tenant compte de facteurs objectifs, on peut estimer que les patients à traiter d'emblée sont ceux qui sont déjà à un stade avancé de la maladie, tels que ceux qui ont une fibrose hépatique avancée, voire une cirrhose du foie.»
 

PROJET HIV-SAM: PRÉVENTION ET ACCOMPAGNEMENT

Dans la lutte contre le SIDA, le projet HIV-SAM, de l’Institut de Médecine Tropicale, a la mission de la part du Gouvernement de la Communauté Flamande de promouvoir la santé sexuelle et la prévention du VIH parmi les migrants provenant d'Afrique Subsaharienne (les SAM) résidant en Flandre, comme l'explique le Docteur Lazare Manirankunda, en charge de la promotion de la santé sexuelle et de prévention du VIH.

«Le projet HIV-SAM utilise l’approche communautaire impliquant différents responsables des organisations socio-culturelles et les églises formés pour implémenter les activités culturellement adaptées visant les objectifs suivants :

  • promouvoir la santé sexuelle et la prévention primaire du VIH: les SAM résidant en Europe figurent parmi les groupes présentant la prévalence du VIH la plus élevée.
  • promouvoir le conseil et le dépistage volontaire du VIH dans les communautés et chez les médecins (de famille).
  • apporter un accompagnement culturellement adapté: l'Afrique, tout comme l'Europe, est très diversifiée: il convient donc d'agir en fonction de la culture et des croyances du pays d'origine
  • lutter contre le stigma et la discrimination.

Aussi, le projet organise des études opérationnelles pour identifier les besoins du groupe-cible et des médecins pour orienter le choix des actions et décider de l’approche à utiliser.

Le Plan VIH est d’une aide appréciable parce qu’il reconnaît que les SAM constituent un groupe prioritaire pour la prévention et de ce fait implique différents intermédiaires susceptibles d'être régulièrement en contact avec ce groupe-cible. Il recommande le dépistage précoce et implique les médecins de famille pour initier activement le dépistage.

Par ailleurs, ce plan prévoit de mettre sur pied un Conseil National de personnes vivant avec le VIH, lequel Conseil contribuerait à lutter contre la discrimination mais aussi à émettre des avis visant à contribuer au bien-être des principaux concernés.

Le témoignage des personnes vivant avec le VIH lors des activités de prévention  vise à  changer la perception des SAM vis-à-vis du Sida et constitue une démonstration que la maladie est devenue réellement chronique.

Si cette maladie engendre encore de nombreux préjugés, le fait que de plus en plus de volontaires s'engagent aux côtés du projet HIV-SAM démontre une réelle prise de conscience et ne peut que susciter l'optimisme.»

Plus d'infos sur:  http://www.hivsam.be/FR/accueil.html