• Pr Dr Jacques De Grève
  • Pr Dr Ignace Vergote

Pr Dr Jacques De Grève, spécialiste en oncologie médicale à l’UZ Brussel :

Quelles sont les principales caractéristiques du cancer ovarien ?

Le cancer ovarien naît le plus souvent dans les cellules qui recouvrent les ovaires. Le grand défi est qu’il est difficilement détectable par la patiente, étant associé à peu de symptômes et de plaintes, si bien qu’il n’est découvert qu’à un stade tardif – alors qu’il s’est déjà disséminé – chez trois-quarts des patientes. Une plainte fréquente concerne un gonflement abdominal, causé par l’écoulement de liquide du péritoine.

 

Comment le traitement se déroule-t-il ?

Le premier traitement est généralement dirigé par un gynécologue oncologue, qui tente d’exciser un maximum de tissu cancéreux lors d’une intervention chirurgicale. La quasi-totalité des patientes subissent ensuite une chimiothérapie. Certaines patientes, chez qui l’opération semble difficile ou offre peu de chances de réussite, peuvent aussi commencer par une chimiothérapie pour réduire le volume tumoral.

 

Quels sont les progrès récents ?

Depuis quelques années, nous disposons du bévacizumab, un anticorps qui inhibe la formation de nouveaux vaisseaux sanguins dans les cancers, ce qui aide à les combattre. Pour d’autres cancers, il est utilisé pour améliorer la pénétration de la chimiothérapie et, ainsi, renforcer l’effet anticancer. Toutefois, nous ne savons pas si cette formation de nouveaux vaisseaux sanguins a une grande importance dans la biologie d’une partie des cancers ovariens. Dans ce cas, le bévacizumab peut avoir un effet très rapide, indépendamment de la chimiothérapie.

 

Qu’en est-il du cancer ovarien d’origine génétique ?

Pour ces patientes, nous avons recours à l’olaparib depuis l’année dernière. Cette molécule bloque la protéine PARP-1, qui répare les ruptures simple-brin de l’ADN. De ce fait, dès la synthèse suivante de l’ADN, elles évoluent en ruptures double-brin de l’ADN. Une cellule normale possède encore les protéines pour réparer ces ruptures. Mais, lorsque nous l’appliquons sur des cellules tumorales ovariennes qui présentent des mutations au niveau des gènes BRCA-1 ou BRCA-2, ces ruptures ne peuvent plus être réparées, ce qui peut s’avérer fatal aux cellules cancéreuses.

 

Pr Dr Ignace Vergote, spécialiste en oncologie gynécologique à l’UZ Leuven :

Quel est votre plus grand défi, en tant que gynécologue oncologue ?

Le cancer de l’ovaire regroupe plus de 50 types de tumeurs très différentes. Chaque tumeur exige donc, naturellement, une prise en charge et un traitement spécifiques. C’est ce qui rend le développement de thérapies ciblées et le blocage effectif du cancer si difficiles.

 

Comment peut-on surmonter ces défis ?

Nous espérons que nous pourrons dépister le cancer ovarien par l’un ou l’autre dosage sanguin, d’ici dix à quinze ans. Des recherches sont également en cours pour le développement de traitements médicamenteux plus ciblés, qui se concentrent sur certains sous-groupes spécifiques. Nous avons déjà enregistré de très bons résultats pour certaines formes de cancer ovarien d’origine génétique.

Et nous espérons bien évidemment pouvoir traiter d’autres variantes de cette manière, dans un avenir plus ou moins proche. Les progrès médicaux nous permettent, d’ores et déjà, de prolonger la vie de nos patientes. Alors qu’un cancer ovarien avancé était autrefois synonyme de quatre à cinq mois de survie, les patientes peuvent, aujourd’hui, compter une survie moyenne de quatre à sept ans.

 

Que peut-on encore améliorer ?

En Belgique, le traitement du cancer ovarien n’est malheureusement pas encore assez centralisé. De ce fait, les gynécologues et chirurgiens sont encore très nombreux à ne pas posséder l’expérience nécessaire pour pratiquer les interventions compliquées sur un cancer de l’ovaire. Nous espérons donc voir apparaître des centres de référence. Les taux de survie pourraient ainsi déjà être améliorés. En outre, nous aurions besoin de critères de qualité stricts, pour déterminer les traitements qui devraient plutôt être administrés par les centres spécialisés.