Sophie Dety
Neurologue du CHU Tivoli

La Professeure Sophie Dethy, du service Neurologie du CHU Tivoli, en évoque les différents aspects.

Quelles sont les causes possibles de la maladie de Parkinson ?
« Environ 10 % des cas s’expliquent par des causes héréditaires. Les 90 % restant sont des formes sporadiques dont les chercheurs tentent de trouver la cause. Certaines personnes présentant des risques génétiques ont pu connaître par la suite des agressions multiples d’ordre environnemental ou viral qui développent une toxicité au sein de cellules extrêmement sensibles du cerveau. Plusieurs pistes sont à l’étude : un excès de stress oxydatif, une accélération de la mort cellulaire programmée, un déficit dans le système de nettoyage cellulaire…

Si la tranche d’âge moyenne est de 55-60 ans, les formes génétiques apparaissent parfois même avant l’âge de 40 ans. »

Quels sont les premiers symptômes et comment le diagnostic est-il posé ?
« Dans 60-70 % des cas, un tremblement affecte en général les extrémités des membres supérieurs, mais aussi parfois des membres inférieurs. Les symptômes moteurs sont souvent asymétriques et insidieux, mais tous les parkinsoniens ne tremblent pas pour autant : les débuts de la maladie peuvent se traduire également par une difficulté à produire des mouvements précis, l’écriture peut se modifier, la personne peut avoir des troubles de la posture, etc.

Parallèlement, ces symptômes non moteurs peuvent provoquer des crises d’angoisse ou une dépression. Des troubles du sommeil et digestifs risquent de survenir, ainsi que des douleurs comparables à une sciatique.

Des critères cliniques permettent à un expert des mouvements anormaux de poser le diagnostic. Des examens complémentaires le confirmeront ensuite. Avec la scintigraphie par DAT-scan, un examen isotopique utilise une molécule qui permet de poser un diagnostic différentiel entre un début de Parkinson et des tremblements d’une autre origine.

Une imagerie du cerveau est également réalisée grâce à une IRM pour examiner les centres du mouvement. Une biologie complète permet par ailleurs d’exclure certaines causes métaboliques. »

Quels sont les traitements proposés aux différents stades de la maladie ?
« Il convient tout d’abord d’insister sur deux points fondamentaux : l’importance de l’entourage du patient (famille, médecin généraliste…) d’une part, et de l’exercice physique dans la phase débutante (marche, sport ou kiné adaptée) d’autre part.

Au niveau des traitements médicamenteux oraux, tout dépend du statut du patient, de son âge, des comorbidités : en dessous de 65 ans et sans antécédents, on privilégie un agoniste des récepteurs de la dopamine. Pour un patient plus âgé, plus fragile, on mettra d’emblée en place un traitement d’épreuve à base de la L-dopa et inhibiteur de la décarboxylase. À chaque phase, le traitement est équilibré et les patients disposent d’un schéma personnel et d’une association de molécules pour pallier les différents stades de la maladie.

Souvent, après une dizaine d'années et malgré une optimalisation du traitement oral, les fluctuations deviennent difficiles à gérer avec des phénomènes de blocages moteurs et non-moteurs, ainsi qu’avec des mouvements involontaires. A ce stade, deux stratégies sont recommandées en Belgique. Soit la chirurgie par stimulation profonde au niveau de sous-structures du cerveau, soit le traitement par perfusion continue de précurseur de la dopamine dans le jéjunum via une sonde adaptée.

Quelles sont les autres alternatives non médicamenteuses pour atténuer les inconvénients de la maladie ?
« La logopédie peut s’avérer utile pour les troubles du langage, de même que des traitements de soutien psychologique. Mais il existe aussi des thérapies pour les problèmes digestifs, sexuels, de sudation…, auxquels un patient est parfois confronté. »

Quels sont les espoirs de traitements pour le futur ?
« Plusieurs pistes sont explorées : greffes de cellule souche ou modifiées génétiquement ou encore des thérapies génétiques avec insertions de gènes au niveau du cerveau. L’espoir de trouver une thérapie neuro-protectrice existe, même si c’en est encore au stade expérimental. »