Edouard Louis
Chef du service de gastroentérologie au CHU de Liège

Edouard Louis, Chef du service de gastroentérologie au CHU de Liège, fait le point avec nous sur ces maladies et ces avancées.

 

Qu’entend-t-on par maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ?

Edouard Louis - Cela concerne la maladie de Crohn et la recto-colite hémorragique ; elles se caractérisent par une inflammation chronique et récurrente du tube digestif. Elles ont des mécanismes en partie communs et, donc, des stratégies de traitements qui le sont également. Elles touchent environ 30 000 personnes en Belgique.

 

Quels en sont les symptômes ?

E. L. - Pour la maladie de Crohn, les plus fréquents sont les douleurs abdominales, diarrhées, pertes de poids et fièvres. C’est, en quelque sorte, une gastro-entérite à vie, avec des phases de rémission durant lesquelles les patients vont mieux. Pour la recto-colite, ils sont similaires, mais avec des saignements en plus.

 

Quel est l’impact de ces maladies sur le mode de vie des patients ?

E. L. - Il est très lourd. Ces maladies touchent déjà les gens lorsqu’ils sont jeunes, le plus souvent dès 25 ans. On voit même, actuellement, de plus en plus d’ adolescents touchés par ces maladies. Comme on garde généralement ces maladies à vie, elles ont un impact majeur sur leur évolution professionnelle et sociale. On essaye d’éviter cela par des stratégies de traitements et de prises en charge. On y arrive dans beaucoup de cas… mais pas toujours !

 

Qu’en est-il des traitements actuels ?

E. L. - Il y a les traitements conventionnels, qui sont des dérivés de la mésalazine, un très lointain « cousin » de l’aspirine. Ils n’ont plus rien à voir avec celle-ci, car ils en ont perdu le caractère toxique pour le tube digestif. Mais ils en ont gardé les paramètres anti-inflammatoires intéressants. Les autres traitements sont : les corticoïdes, parfois utiles mais surtout connus pour leurs effets secondaires ; les immunosuppresseurs qui, en diminuant l’activation immunitaire, calment ces maladies ; et les traitements biologiques, produits - par définition - par des moyens biologiques et non chimiques. Tous ces traitements rencontrent malgré tout un certain taux d’échec.

 

Y a-t-il de nouveaux traitements en vue ?

E. L. - Un tout nouveau devrait arriver prochainement sur le marché, peut-être cette année encore : le vedolizumab. C’est un anticorps dirigé contre une protéine de surface des lymphocytes (les cellules causant l’inflammation). En neutralisant cette protéine, le médicament empêche les lymphocytes de gagner l’intestin. Normalement, les lymphocytes jouent un rôle protecteur dans l’intestin… sauf dans le cas des maladies dont nous parlons, où ils ont un rôle agressif. Le vedolizumab n’empêche pas toute migration dans l’intestin, mais diminue l’afflux des ces cellules néfastes.