Professeur Stéphane De Wit,
Chef de service des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre

Le Professeur Stéphane De Wit, Chef de service des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre et Joëlle Defourny, Directrice de l’ASBL Sida Sol, nous donnent leur vision d’expert sur la lutte contre le VIH.

Comment pensez-vous atteindre les nouveaux objectifs de l’OMS 90-90-90(90) pour 2020 (90 % diagnostiqués - 90 % en trajet de soin et traités - 90 % indétectables - 90 % avec une bonne qualité de vie tout au long du parcours de la maladie) ?

 

Professeur Stéphane De Wit : « En Belgique, nous sommes déjà proches des deux derniers objectifs. Nous sommes au-dessus de 90 % en ce qui concerne la prise en charge et observons une véritable amélioration des traitements. L’effort doit donc se concentrer sur le 1er 90, c’est-à-dire le dépistage. »

Joëlle Defourny: « Il convient de :

  • dépister mieux encore les cas, de manière plus ciblée, sans oublier les plus de 50 ans
  • réduire les dépistages encore trop tardifs, notamment en formant mieux les praticiens pour éviter les opportunités manquées lors de consultations/en les formant aussi à aborder la sexualité qui fait partie intégrante de la vie de leurs patients
  • proposer des stratégies multiples de dépistage : tests anonymes et gratuits, dépistage des couples, travail avec des volontaires pairs formés…»

Sur quelles priorités convient-il de se concentrer ?

 


Joëlle Defourny, Directrice de l’ASBL Sida Sol

S. D. W.: « Il faut multiplier l’offre de dépistage, mieux cibler les populations à risque (homosexuels et migrants) et rester attentifs aux maladies sentinelles (tuberculose, hépatite C) qui peuvent être des signes précoces d’infection au VIH. »

J. D.: « L’accès au traitement et aux soins (CVI) : à partir du diagnostic, il faudrait orienter voire accompagner certains patients pour préparer la visite chez le spécialiste, travailler en réseau… Beaucoup est fait, mais des défaillances existent encore pour les plus précarisés. »

« La qualité de vie : si son espérance de vie est quasi la même que celle d’un patient non infecté, la personne séropositive traitée peut rencontrer de nombreuses restrictions et contraintes (hygiène de vie sur le long terme, prise de traitements à vie, protection lors de relations sexuelles, discriminations…). »

 

Comment maintenir une bonne qualité de vie en vieillissant avec le VIH ?

 

S. D. W. : « Le risque de comorbidité du patient reste lié à son histoire immunitaire : s’il a connu dans sa vie une période d’immunodépression sérieuse, il sera plus exposé à diverses maladies (cardio-vasculaires, cancer), malgré son traitement. D’où l’importance du dépistage précoce : l’immunodépression évitée, le patient peut connaître une vieillesse sereine. »

J. D.: « La prise en charge des 50 ans et plus peut être plus compliquée en raison d’une polymédication pour d’autres problèmes (diabète, cholestérolémie…), ou encore suite à l’existence de résistances à certains traitements, de comorbidités, d’interactions médicamenteuses, La nécessité d’une bonne hygiène de vie est souvent contrecarrée par des habitudes déjà prises et difficiles à changer. Ainsi, un support pourrait être proposé et partagé, tant au niveau médical qu’associatif. »

000/BE/16-05/NPM/1366